Elle m’entraîne au bout de la nuit

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L’autre jour je revenais du plus beau marché de France – j’influence ici ouvertement le concours de TF1 (info en page 6) -, je revenais donc de la Halle aux Houblons avec des pommes, des poires et des asperges dans mon panier printanier et j’ai aperçu ma voisine à sa fenêtre.

Elle était toute triste, comme si elle avait passé la matinée à lire un manuscrit volé puis publié de Céline. Le ciel était joli pourtant, le soleil au rendez-vous, mais elle faisait grise mine. Je me suis approché et j’ai entendu qu’elle écoutait une chanson d’Émile et Images, et ce n’est jamais bon signe, en général.

Je lui ai fait un signe de la main. Elle m’a répondu qu’elle passait une journée de merde, que ce n’était pas la première de l’année. Je l’ai invitée à partager ma tarte aux pommes/poires et mes asperges, ça m’arrangeait bien, je déteste éplucher, mais elle a refusé mon invitation. Ça non plus, ce n’était pas la première fois.

J’ai entendu une autre voix, c’était celle de Ferdinand, notre voisin du 4e, il criait que lui il acceptait, qu’il adorait les asperges. Il est sympa Ferdinand ! Bon, il adore l’Alsace, mais déteste les Alsaciens, sauf ma voisine avec qui il irait bien au bout de la nuit.

Dix minutes plus tard, on était tous les trois à éplucher les fruits pour ma tarte et les asperges pour le dîner. Ma voisine a dit qu’elles étaient hors de prix cette année, Ferdinand a dit que tout était hors de prix cette année, qu’il était hors de lui, qu’il devenait fou en plus à cause des législatives, alors que ça n’avait rien à voir avec les asperges et la choucroute.

En notre compagnie, ma voisine a retrouvé le sourire et elle a eu ce mot : la politique est déjà morte, il nous faut un médecin « légis-lative », sinon ça sera la guerre. On a ri, mais on a ri !

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