Dérives sectaires en Alsace, Les Eblouis

Comme sur les autres territoires en France depuis quelques décennies, l’Alsace n’est pas épargnée par le développement constant d’organisations à dérives sectaires. Leur nombre est un mystère tant les secrets sont bien gardés, et même si certaines sont condamnées, les victimes ont du mal à en parler.

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80 000 enfants seraient élevés dans un contexte sectaire ou victimes de dérives sectaires dans des communautés qui reposent au départ sur de nobles intentions: vœu de charité, solidarité, entraide, et qui prospèrent grâce aux sentiments d’isolement et aux valeurs grandissantes du vivre ensemble, notamment. L’Association d’Aide aux Familles et Individus victimes de secte (ADFI) en Alsace alerte les autorités et effectue un gros travail de prévention. Pour ce dossier, Maxi Flash a rencontré ses représentantes, et sur le même sujet la réalisatrice Sarah Suco dont le film Les éblouis est à l’affiche depuis le 20 novembre.

Le premier film de l’actrice Sarah Suco raconte l’histoire d’une famille dont les parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité. Dédié à ses frères et sœurs, il est largement inspiré de son histoire. Quand l’embrigadement devient sectaire, Camille, 12 ans (Céleste Brunnquell est déjà présélectionnée pour la liste des Césars) passionnée de cirque, va se battre pour sa liberté et celle de ses frères et sœurs. Les éblouis est un grand moment d’émotion promis à une belle carrière : avant sa sortie en salle, il avait déjà remporté le Prix Cinéma 2019 de la fondation Barrière, le Prix Célestine du meilleur film au festival de Bienne et le Prix Alice Nella Città du meilleur film au festival de Rome. La Justesse des dialogues, du scénario, et les belles présences de Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Éric Caravaca et Céleste Brunnquell n’y sont pas pour rien.

Ce n’est pas un film à charge contre l’Église catholique

Sarah Suco a vécu pendant 10 ans dans une communauté charismatique. L’idée d’en faire un film était dans sa tête depuis très longtemps. Elle a commencé à écrire en 2013, bien avant les attentats contre Charlie hebdo et tous les amalgames avec la religion musulmane.

Précision importante, car elle n’a pas fait un film à charge contre l’Église catholique. Pour elle, les dérives intégristes sectaires existent dans toutes les religions.
« Je suis contente que mon film se situe dans l’Église catholique parce qu’il est important, je crois, de balayer aussi devant notre porte ». Dans le film, nous ne sommes pas dans le Temple Solaire, ni dans une cellule djihadiste, mais dans une église du coin de la rue.

« Tout ce que je montre dans mon film a existé et de manière encore plus violente », affirme la jeune réalisatrice qui a choisi de montrer l’embrigadement à travers le regard de Camille : « J’étais très attachée à ce point de vue, pour que l’on soit toujours à hauteur d’enfant, dans le ressenti de l’adolescente, dans ses perceptions. Les choses glissent par étape. C’est ce qui est complexe et qui fascine dans l’emprise et la dérive sectaire. La folie se niche dans les détails ».

Un film de combat

L’action des Éblouis se passe de nos jours – pas à l’époque où Sarah Suco a vécu ce drame – pour dire que tout cela existe encore. C’est un film de combat, pour protéger les plus grandes victimes de l’embrigadement, c’est-à-dire les plus jeunes. Le chiffre effrayant de
80 000 enfants élevés dans un contexte sectaire ou victimes de dérives sectaires dans des communautés n’est pas un fantasme. Le plus souvent, ces communautés ont pignon sur rue et sont légales, protégées par la loi de 1901 qui permet de vivre avec qui l’on veut, de se regrouper en communauté, de donner de l’argent à une association et, même s’il existe des critères comme les maltraitances et l’embrigadement psychique ou financier, comment définir l’emprise ou une dérive sectaire ? Tout reste assez flou et juridiquement difficile à prouver et à condamner, tant qu’un drame n’a pas eu lieu.

Les éblouis est avant tout un film de cinéma, mais aussi une œuvre qui éveille les consciences ; il est bon de savoir que le cinéma remplit encore ce rôle.

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