Denis Schmitt, Schaeffler : Roulements intensifs

Depuis 1987, date de son arrivée dans le Groupe Schaeffler, Denis Schmitt a occupé divers postes de direction. Le 1er janvier, le Bischwillerois est devenu presque logiquement Président de Schaeffler France. Avec ses composants de précision et systèmes destinés aux moteurs, boîtes de vitesses et châssis ainsi que ses solutions de roulement et paliers lisses pour un grand nombre d’applications industrielles, le groupe Schaeffler se classe dans les 50 plus grands sites industriels en France. Dans le monde, Schaeffler est l’une des plus grandes entreprises familiales avec 83 700 employés et environ 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019. Depuis 70 ans, l’entreprise fait avancer des découvertes et des développements porteurs d’avenir dédiés au mouvement et à la mobilité.

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Vous avez succédé à Marc Becker, qui après 38 ans dans le groupe Schaeffler, a décidé de faire valoir ses droits à la retraite. Que vous a-t-il dit en partant ? 

Il m’a dit « Bon courage ». Nous avons travaillé ensemble, nous avons beaucoup échangé, nous avons géré la crise. Ce que nous avons fait ces dernières années, nous l’avons fait ensemble avec toute l’équipe. 

Ce poste de président est-il un aboutissement ?

Non, mais c’est clair que, vu mon âge, on peut parier que c’est la dernière étape dans ma vie professionnelle. Je n’ai pas rêvé de ce poste. Je suis rentré en 1987 en tant qu’ingénieur qualité, depuis 2017 j’occupe le poste de directeur de l’usine automobile qui emploie 1200 personnes sur 1800. La vie a fait que je me retrouve Président, voilà. 

Comment avez-vous réagi lorsque l’on vous l’a proposé ?

C’est un honneur, une marque de confiance importante de la part de Groupe. Après, il y a eu une phase de réflexion. La conjoncture étant assez exceptionnelle, personne n’a vécu une pandémie de ce genre, mais je me suis dit que c’était un nouveau challenge à relever et qu’il fallait y aller. 

Quel est l’impact de la crise sanitaire pour Schaeffler
France ?
 

2020 est un accident, un accident Covid. Ce début d’année 2021, nous subissons toujours cette crise. Depuis le début, la priorité est de gérer la sécurité de nos employés sur le site. Très vite, nous avons mis en place des mesures sanitaires, nous avons même été amenés à fermer l’usine quelques jours. Les contaminations, une vingtaine, n’ont pas eu lieu sur notre site. Nous avons eu la chance de ne pas déplorer de décès. Notre objectif est de livrer et de satisfaire nos clients, de maintenir au mieux notre activité pour ne pas casser ce fameux lien avec nos clients. En 2020, nous avons connu des chutes et des remontées brutales. Dans la première partie de l’année, la perte se situait entre 40 et 60 % de notre activité, mais nous n’avons jamais connu une fin d’année comme celle-là. Nos équipes ont été très sollicitées pour répondre à ses variations. Finalement, nous avons perdu 20 % de notre chiffre d’affaires. 

En 2016, Marc Becker disait à Maxi Flash que ce qui caractérise Schaeffler, c’est cette boulimie de l’innovation, l’envie d’aller de l’avant. C’est toujours le cas ?

Oui, cela fait partie de notre ADN. L’année dernière nous avons fêté les 70 ans de la conception du produit qui est à l’origine du Groupe Schaeffler, la cage à aiguilles, qui était déjà une innovation formidable. 

Pourquoi êtes-vous toujours innovants ? 

Parce que nous sommes toujours une société écologique. Notre vocation est de supprimer des frottements, cela veut dire limiter la consommation d’énergie. Dans tout ce qui bouge, il faut être innovant. Nous sommes en train de vivre une mutation industrielle, en particulier dans l’automobile avec l’électrification. Nous y travaillons depuis longtemps, et nous venons de démarrer la fabrication de moteurs électriques. L’idée est d’intégrer cela dans des motorisations à destination des voitures. Nous sommes toujours capables de leur proposer des produits standard, comme la motorisation thermique, hybride, électrique. Cette boulimie d’innovation nous a permis de nous développer. Je vous ai parlé de la cage à aiguille inventée il y a 70 ans, nous avons continué à proposer des systèmes plus complexes. Par exemple, nous fournissons des produits pour l’éolien, nous sommes l’un des acteurs majeurs sur ce créneau. 

Et l’un des acteurs de la mobilité de demain ? 

Oui, mais c’est déjà là, avec l’électrification, c’est un phénomène majeur que nous sommes en train de vivre et qui va se poursuivre.

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Le lien avec Haguenau est fort, la présence de votre groupe est importante pour l’Alsace du Nord, avec presque deux mille emplois, et indirectement environ dix mille personnes concernées. Les emplois sont-ils menacés ?

Dès qu’il s’agit de fabriquer quelque chose, il faut mettre en œuvre des technologies. Nous avons la chance d’avoir toutes ces technologies présentes sur le site de Haguenau. C’est notre puissance pour l’avenir. Nous allons continuer à fabriquer des produits, à utiliser des technologies. L’avenir c’est d’être capable de participer au développement de ses nouveaux produits, de les industrialiser dans l’usine, cela permettra de pérenniser les emplois. Il est clair que nous allons devoir relever des challenges, c’est déjà le cas. Nous vivons une mutation qui va nous forcer à devenir encore plus souples, plus agiles, il faut que nous soyons toujours capables de nous adapter au marché. 

Quand vous parlez avec votre cœur, que dites-vous de votre société ? 

Au bout de 33 ans, l’ADN de la société et l’ADN personnel ont sans doute tendance à se mélanger un petit peu. Mais dans le Groupe, des histoires comme la mienne, des gens qui ont réussi à progresser grâce à leur investissement personnel, à leur travail, il y en a des centaines. C’est ce qui fait la richesse de la société. 

Mais tout le monde ne devient pas Président !

Dans une organisation, chacun a une mission. Je reste un employé comme les autres. Je ne me vois pas comme patron. J’ai une responsabilité spécifique que je remplis avec mes tripes, et je suis aussi important que celui qui fait tourner une machine.