Denis Lévy-Soussan, En sortant de l’école du respect

Successivement professeur de philosophie, directeur d’école normale, ou inspecteur à Wissembourg, Denis Lévy-Soussan a pu analyser de l’intérieur le fonctionnement du système éducatif français pendant près de quarante ans. Son essai « En sortant de l’école », son 8e livre, préfacé par l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud Belkacem (qui lui avait remis les insignes de commandeur dans l’ordre des Palmes académiques), est une réflexion sur les règles, les subtilités et les contradictions de l’école primaire, enrichie par des exemples d’écoles en Alsace.

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Vous avez passé deux ans à Wissembourg, avez-vous de bons souvenirs de la région ?

Oui, ce fut bref, mais très formateur à ce métier d’inspecteur, j’ai eu la chance de tomber sur une équipe de circonscription qui était vraiment remarquable. Je reste très attaché à l’Alsace où j’ai été reçu avec une chaleur qui m’a beaucoup touché.

En quelques mots pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Je suis né à Rabat au Maroc, j’y ai vécu toute mon enfance c’est-à-dire jusqu’à l’âge de 17 ans, ensuite j’ai fait mes études supérieures à Grenoble où j’ai passé un CAPES de philosophie puis j’ai occupé différents postes à l’école normale de Fort-de-France, puis en Alsace. Je suis à la retraite depuis une dizaine d’années dans le Lubéron.

Dans votre livre, vous écrivez que vous préveniez toujours de votre passage dans les classes, ce qui n’était pas une obligation à l’époque, cela vous définit ?

Cela définit peut-être ma conception du respect que l’on doit avoir à l’égard de l’autre. Un respect qui permet justement une certaine exigence.

À qui s’adresse cet ouvrage ?

Prioritairement à des enseignants, à des inspecteurs en formation, mais aussi à des parents d’élèves. Le monde de l’école est un monde très mystérieux vu de l’extérieur, un peu mythique, on ne sait pas trop ce qu’il se passe dans une classe ; un inspecteur a la chance d’entrer dans une classe et d’être en contact avec les enfants et les enseignants, de découvrir cette alchimie très particulière. J’ai essayé d’entrouvrir cette porte pour les parents qui n’ont pas cette chance.

Quelle est votre vision de l’école d’aujourd’hui ?

Question difficile. Elle est malmenée, il y a un divorce qui est en train de se créer entre le ministre et les enseignants, contrairement à ses affirmations, ce n’est pas une école de la confiance et de la bienveillance, nous sommes entrés dans l’ère de la méfiance et de la malveillance.

Elle est à l’image de notre société ?

Oui, l’école ne fait pas exception.

Que faudrait-il pour que l’on regagne les valeurs que votre génération a connues à l’école ?

Je crois qu’il faudrait de la bienveillance et de la confiance, pas simplement des mots, mais des faits. Il faudrait que les enseignants retrouvent non seulement cette confiance et cette bienveillance de leur ministre, mais aussi de l’ensemble du corps social, il y a un divorce et c’est tout à fait dommageable. Les enseignants ont perdu la reconnaissance et le statut qu’ils avaient dans les années 60 ou 70.

Et c’est un danger pour la démocratie ?

Je crois oui. L’école était un enjeu de démocratie. C’était une école « de » la démocratie, ce n’était pas seulement l’école du lire/écrire/compter, c’était aussi celle du devenir citoyen. Tout cela s’est étiolé et perdu. Mais je pense qu’il y a encore des éléments positifs, notamment tout ce qui est périscolaire, ou des associations comme la Ligue de l’enseignement qui œuvre pour une véritable école démocratique. Et au quotidien, même si cela se voit moins, la grande majorité des enseignants continue ce travail extraordinaire auprès de leurs élèves pour cette école de la République qui vit davantage dans les classes que dans les discours.