Comment faire du clic sur ses vidéos ?

Sur YouTube, les modes passent mais les créateurs restent. En 2011, la communauté française est résolument tournée vers le jeu vidéo. En 2015, c’est l’ère des sketchs et des courts métrages. En 2020, la plateforme met plutôt en avant des vidéos de divertissements, au montage rapide, parfois même épileptique, et avec deux mots d’ordre : « feat and fun ».

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Squeezie, Amixem, McFly et Carlito ou encore Pierre Croce sont des stars sur internet. Ils font partie du top 15 des vidéastes français qui font le plus de vues. En dessous du million, à leur niveau, c’est un semi-échec. Si certains comme Squeezie (le youtubeur n°1 en France) n’ont pas toujours fait du pur divertissement, c’est bien ce format qui les a propulsés et maintenus en pôle position. Un format court, efficace, dans l’air du temps, et pourtant vivement critiqué par certains qui y voient une solution de facilité, une manière de faire du clic sans effort.

Un sentiment de déconnexion

Frederic Molas, aka « Joueur du Grenier » (ou JDG), est un taulier de la plateforme. Sa chaîne ayant été lancée en 2009, c’est un ancien qui n’a pas tant eu besoin de se renouveler pour survivre. Il est relativement apprécié de tous, surtout des joueurs de rétrogaming. C’est lui qui a popularisé cette expression, le fameux « feat and fun », qui consiste à multiplier les collaborations entre gros bonnets et à favoriser le rire avant tout. Il déplore que de nombreux youtubeurs ne fassent plus de contenu aussi diversifié qu’avant, et ne le fassent que pour être en tendance sur le site : « Les youtubeurs passent leur temps à courir après le format qui marche, c’est devenu une obsession. […] Avant, il y avait des youtubeurs concepts, aujourd’hui c’est toujours la même soupe ».

Là aussi, les lois du marché

D’après lui, c’est la professionnalisation du milieu et la commercialisation des contenus qui est responsable de ce formatage. Car souvent depuis quelques années, derrière les grosses chaînes YouTube francophones il y a des sociétés commerciales qui appartiennent à de gros groupes de médias. McFly & Carlito, Squeezie ou encore Cyprien travaillent par exemple pour le compte de la même société, Webedia (dont le JDG fait ironiquement lui aussi partie). Des groupes qui obéissent ouvertement à d’autres ficelles que la créativité : au rendement et à l’algorithme (le très flou système automatique de recommandation de vidéos).

Heureusement, le trait est volontairement grossi. Il n’y a certainement aucune intention de standardiser l’offre produite. Seulement, au milieu de la diversité présente sur la plateforme, pour beaucoup, il est de plus en plus tentant de suivre le courant plutôt que de lutter contre.