Baptiste Mischler : « Accepter et repartir »

Tout juste revenu de Tokyo et de sa première expérience olympique, le Brumathois Baptiste Mischler a jeté un regard lucide sur sa série du 1500m : logiquement déçu de n’être pas qualifié, il a aussi pu mesurer tout le travail qui reste à accomplir pour s’offrir, un jour, une grande finale mondiale. Entretien d’une grande intelligence, comme toujours avec celui qui doit encore finir ses études d’ingénieur en parallèle.

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Baptiste Mischler ©DR

Maxi Flash : Baptiste, après le retour de Tokyo, comment te sens-tu ?

Baptiste Mischler : Je me lâche complètement ! Tokyo, c’était la récompense de plus d’un an de travail, alors qu’il y a un an, je ne me voyais pas du tout aux Jeux. C’était une bonne année, pleine de rebondissements. Maintenant je décompresse, à la maison. 

Décompresser, c’est quoi ? 

Déjà, c’est pas mal de bières! (rires) Je vais un peu au restaurant, je mange des choses un peu trop riches en gras et en sucre. Je suis rentré chez moi en famille, et ensuite quelques jours dans les Landes. 

Raconte-nous ton expérience aux Jeux olympiques… 

C’était une ambiance très particulière. J’avais fait les JO Jeunes et les Universiades, et c’est un peu le même principe de village, sauf qu’on n’est pas arrivés directement à Tokyo. On nous a enfermés pendant dix jours dans un hôtel à Kobe, c’était très dur. On ne pouvait pas faire grand-chose : chambre, stade. Pour le footing, c’était une boucle qu’on pouvait faire pendant une heure avec des Japonais à vélo qui nous accompagnaient. Je suis arrivé sur le stade olympique la veille seulement, donc on n’a pas vraiment vécu l’ambiance olympique. Après, ça reste grandiose, t’as quand même des étoiles plein les yeux. 

Malheureusement, tu ne sors pas de ta série du 1500m, alors que la 2e a été beaucoup plus lente (voir par ailleurs)… 

20 centièmes, c’est rageant. Ça ne reflète pas mon niveau de l’année, mais ce jour-là, je n’ai pas non plus été spécialement performant, je n’avais pas les cannes. Il faut accepter d’être moins bien. On est humain. Ce qui est dommage, c’est que sur la dernière série, on savait ce qu’il fallait faire, et une course plus tactique, ça m’aurait arrangé. Mais il faut accepter le contexte. Accepter et repartir. 

Malgré tout, cette qualification olympique était presque inespérée, et tu as réalisé des performances incroyables tout au long de l’année ! 

Exactement. 3’32, je n’aurais jamais imaginé, et il y avait encore de la marge. Il y a plein de choses qu’on peut améliorer. Après, faut pas oublier que je suis encore étudiant. Je n’ai pas le volume d’entraînement que j’aimerais avoir, et même pour la récupération, c’est compliqué. C’est aussi pour ça que je me blesse un peu plus souvent. Parfois je me couche à 1h du matin pour rendre un dossier. J’ai encore une année d’étude, avec mon diplôme en septembre 2022 si tout va bien, et après je pourrai me consacrer entièrement à mon sport. 

Après les 3’32’’42 de ton record, tu te fixes quels objectifs ? 

Je pense que la barrière des 3’30 peut sauter d’ici Paris 2024. Là, ça veut dire que je suis à la lutte avec les meilleurs. Ensuite, les 3’28’’98 de Mehdi Baala (le Strasbourgeois recordman de France, ndr), ça reste dans un coin de ma tête. 

Les JO, ça reste une expérience sportive où tu as pu emmagasiner des informations ? 

Oui, comme pour la Golden League à Monaco. Ce genre de course, étonnamment, ça part très lentement, et après ça accélère… C’est une machine à laver ! Là, je vois qu’il me manque du foncier, que je dois travailler ce genre de tempo. Je suis à 4 secondes des meilleurs mondiaux. Il faut réduire à 2 secondes, puis 1… Là, j’ai laissé passer une opportunité, mais le plan de carrière, c’est Paris. J’aurai 26 ans, dans la force de l’âge, il faudra entrer en finale. Tokyo, c’était une étape. 

Tu penses pouvoir mettre un coup de projecteur sur le 1500m ? 

Oui, j’ai très envie d’accompagner les plus jeunes, de faire découvrir le demi-fond. C’est prévu que je fasse des interventions au collège. Je reste fidèle à mon projet de vie, aux valeurs que je véhicule, et l’école, les études, ça en fait partie. J’ai l’impression qu’on est face à une génération qui n’a plus de rêves. Je veux leur transmettre ça : il faut être ambitieux, et avoir des rêves, ce n’est pas incompatible avec l’école. 

Le voyage à Tokyo restera un grand moment dans la vie de Baptiste Mischler. ©DR

« LA BARRIÈRE DES 3’30 PEUT SAUTER D’ICI PARIS »

Satané chrono

Le 1500m de Tokyo s’est déroulé en trois séries. Pour se qualifier, il fallait être dans les 6 premiers ou avoir ensuite l’un des 11 meilleurs temps. Malheureusement, Baptiste Mischler ne va finir qu’à la 11e place d’une 3e série très disputée, en 3’37’’53, à moins d’une seconde du 6e, l’Espagnol Adel Mechaal (3’36’’74 et record personnel à la clé). Avec le même temps, le Brumathois serait largement passé dans la 2e série, où le 6e est passé en 3’41’’90 (le Luxembourgeois Charles Grethen). La qualification au temps s’est jouée elle aussi pour un rien, le Kenyan Charles Simotwo lui grillant la politesse en 3’37’’26, soit 27 centièmes de mieux que Baptiste, soit 1m83 d’écart à l’arrivée. Une foulée.   

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