Au travail demain, le bonheur ou l’enfer?

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Le travail souvent est perçu comme un fardeau, une marque de soumission et d’aliénation, mais il permet surtout de trouver sa place, de se réaliser. “Jours de travail ! Seuls jours où j’ai vécu !” disait Alfred de Musset, pourtant loin d’imaginer les progrès technologiques qui nous poussent maintenant à repenser nos organisations.

Notre manière de concevoir le travail, la place qu’il prend dans nos vies agitées, le télétravail (des entreprises cartonnent avec ce nouveau mode de management), la semaine de 3 jours, apprendre en faisant au lieu d’apprendre puis faire, la possibilité d’être connectés partout et tout le temps à ses collègues et son bureau, l’éclosion des entrepreneurs individuels, le monde numérique d’aujourd’hui et de demain nous impose de nouvelles approches du monde et du travail dans ce monde.

Il nous faut anticiper les bouleversements qui arrivent, car il y a devant nous de nouveaux paradigmes, des enjeux et des défis, notamment celui de faire du travail une source d’émancipation et de bonheur.

Comme l’évoque Alexandre Pachulski, l’auteur de l’ouvrage «Unique(s), et si la clé du monde de demain, c’était nous ?» (Éditions du Chêne, octobre 2018), il suffit peut-être de rester soi-même pour trouver le bonheur au boulot. Pour lui, être soi-même, donc atypique, est la clé de l’épanouissement au travail.

Alexandre Pachulski a grandi dans un environnement où « les gens perdaient leur vie à la gagner », affirme-t-il. Il a très vite décidé d’explorer une autre voie en se lançant dans l’entrepreneuriat. Pour définir le bien-être au travail, il parle du concept d’ikigai, une pensée japonaise ancienne qui explique que quatre conditions doivent converger pour trouver l’épanouissement dans son activité : ce que l’on aime faire, ce que l’on sait faire, ce dont le monde a besoin, et ce pourquoi on vous paie.

« Être heureux dans son travail, c’est viser l’intersection de ces quatre dimensions. Car si l’on croit, comme moi, que le travail est le plus court chemin pour se réaliser et trouver sa place dans la société, alors il n’y a pas d’alternative », certifie l’auteur. Mais il est conscient que rien n’est simple dans notre société tournée vers la performance, où l’on ne nous a pas appris à être nous-mêmes : « À l’école, on nous enseigne tout un tas de choses, sauf qui nous sommes ; puis, jeunes adultes, on nous pousse vers les métiers et les cursus qu’on juge bons pour nous, sans que l’on ait pu réellement réfléchir à nos aspirations propres. Résultat, les entreprises sont aujourd’hui pleines de trentenaires et de quadras en crise, qui se rendent compte qu’ils ne sont pas à leur place. Ce n’est ni aux DRH ni aux managers de décider de notre destinée. Il faut avoir le courage d’aller à la rencontre de soi : se demander quel environnement nous convient, ce pour quoi nous sommes bons, et quelles sont les valeurs qui nous animent ».

Les nouveaux patrons

Comme le dit le vieil adage, souvent, le seul risque c’est de ne pas en prendre. Alors, puisque le monde est en pleine mutation, c’est peut-être le moment de tout remettre à plat. Les nouveaux patrons permettent cela, ils commencent à ouvrir la porte dans ce sens, bien conscients que la rentabilité de leur structure passe aussi par-là et que, finalement, ils n’ont pas le choix. Ils savent déjà que les profils singuliers sont et seront encore les meilleurs « travailleurs » de demain. Ils savent que la fusion des talents, des connaissances, des différences et des personnalités, que l’expertise de chacun détermine la réussite de tous.

Les nouveaux boss encouragent la capacité à communiquer beaucoup plus facilement avec les supérieurs hiérarchiques de l’entreprise. Il s’agit de créer le dialogue, pour l’épanouissement de chacun, mais en fin de compte, c’est la « boîte » qui gagne.

La semaine de trois jours ?

La réduction du temps de travail est un sujet devenu récurrent. Travailler moins est forcément une bonne idée, pour vivre plus ? À partir de 40 ans, le rendement des travailleurs à temps partiel serait meilleur que les autres.

C’est l’analyse d’une étude de la Melbourne Institute Working Paper Series, qui a évalué les habitudes de travail de près de 6500 Australiens. Résultats, les quadragénaires devraient se contenter d’une semaine de travail de trois jours, car le meilleur « rendement » atteint serait celui des travailleurs à 25 heures hebdomadaires. En comparaison, ceux qui atteignent 55 heures ont des rendements plus faibles. Les capacités cognitives des retraités et des chômeurs sont également inférieures à celles des travailleurs à temps partiel.

Selon le professeur Colin McKenzie, qui a mené cette étude en compagnie d’autres chercheurs, « le travail est une lame à double tranchant. Certes, il stimule le cerveau, mais de trop longues heures passées à travailler endommagent les fonctions cognitives en générant de la fatigue et du stress. Les différences quant au nombre d’heures travaillées ont une incidence importante sur le maintien des capacités cognitives chez les adultes d’âge moyen et mûr. Ainsi, le travail à temps partiel pourrait être une stratégie efficace pour ces personnes », explique le professeur.

Soyez vous-même, les autres sont déjà pris

Alors, quelle forme aura le travail de demain ? Il ne sera certainement plus le même pour tous,

Et si, comme l’assure Alexandre Pachulski, la « réussite » au travail passe par le développement personnel, par une meilleure connaissance, une meilleure affirmation de soi, c’est peut-être dès le plus jeune âge que l’on doit apprendre ces nouveaux codes : « Il est urgent de changer notre modèle éducatif. C’est d’ailleurs pour cela que je soutiens une école alternative, l’Autre école, qui tend à former des citoyens responsables », conclut l’auteur de «Unique(s), et si la clé du monde de demain, c’était nous ?». Pour mieux illustrer son propos, il reprend la phrase d’Oscar Wilde «Soyez vous-même, les autres sont déjà pris».

Tout cela ne nous dit pas comment les humains organiseront le travail dans 20 ou 30 ans, quels seront ceux qui tireront leur épingle du nouveau jeu et par quels moyens ils y parviendront, si le monde du travail sera plus féroce que celui qu’aujourd’hui, mais ce qui est certain, c’est que la grande majorité des boulots de 2018 auront disparu, que cette transformation a déjà commencé.

Il semble évident qu’avec son jardin, il faut aussi cultiver sa différence.