Arnaud Gagnepain – La foire, un vrai phoenix

On sent immédiatement que l’homme est à l’aise dans son costume de directeur, sans la veste, il fait encore chaud en cette fin du mois d’août. Lorsqu’il prend la parole pour évoquer les étapes de sa carrière, on comprend pourquoi, à 40 ans, le Marseillais d’origine gagne son pain (désolé pour le jeu de mots, je n’ai pas pu résister…) comme directeur de la Foire Européenne. Arnaud Gagnepain l’assume, l’événement a perdu son âme ces dernières années, mais la 90e Foire Européenne de Strasbourg reste une manifestation d’envergure, la première à investir le nouveau Parc des Expositions, du 2 au 11 septembre. Une édition qui renaît de ses cendres dans un nouvel univers, avec 350 exposants et plus de 200 000 visiteurs attendus.

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©DR
Quelles sont les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Arnaud Gagnepain : Il est assez particulier. Une formation en biologie moléculaire, puis cinq ans de service comme sapeurs-pompiers, et je rentre par hasard dans le business, d’abord comme commercial et chef des ventes. Après, j’ai pris la direction d’une agence d’intérim à Aix-en-Provence, avant d’entrer dans le groupe GL events. On m’a envoyé sur des sites un peu complexes qu’il fallait restructurer ou redynamiser. Je suis arrivé en Alsace en 2017. Après douze ans j’ai quitté le groupe pour une aventure personnelle, il était question d’accompagner les entreprises en crise de croissance, mais c’était au moment du covid, pas le bon timing. J’ai arrêté l’année dernière et le président de GL events m’a proposé de devenir le directeur de la Foire Européenne.

Elle avait besoin d’un nouveau souffle !

Oui, comme les foires en France. C’est un événement qui était en pleine souffrance depuis quelques années. Ici, finalement personne ne l’incarnait, alors qu’il est le plus gros géré par Strasbourg events. Même si la foire a toujours été organisée, depuis deux ans c’était très compliqué, avec beaucoup de souffrance. Mais, il faut le dire, elle n’allait pas bien avant le covid. Nous avons notre part de responsabilités, même si nous avons fait ce que l’on a pu avec les moyens humains et financiers. Les équipes ont été malmenées, car le site a beaucoup évolué. Mais cette année enfin, avec un outil à 90 % définitif, nous repartons quasiment d’une page blanche.

C’est pour cette raison que cette proposition vous a intéressé ?

Oui, moi, dès que c’est complexe, dès qu’il faut aller au turbin, cela correspond parfaitement à ce que j’aime faire. Cette année c’est la 90e édition, on essuie les plâtres, on verra comment cela va se passer pour la gestion des flux, on va voir comment les exposants vont réussir à travailler selon les secteurs, on va découvrir beaucoup de choses.

Cela signifie que vous avez tout repensé ?

Ah oui, complètement. Nous ne sommes même pas repartis de quelque chose d’existant, c’est un vrai phénix. Alors nous n’allons pas tout révolutionner en un an. J’aime bien dire que je me suis fait virer de Poudlard assez tôt et que je n’ai pas de baguette magique. On s’est donné trois ans pour réussir à développer la Foire Européenne.

Même si le principe reste le même ?

Oui, une foire est un événement populaire. En France, on a essayé de les bobotiser, de les rendre plus haut de gamme, plus sélectives, ce qui a été une connerie phénoménale. Après, on a dit : « Tiens, on va inviter des pays…» D’ailleurs, on me pose souvent la question, c’est quoi le pays invité cette année ?

J’allais vous la poser !

C’est l’Europe… Nous sommes la seule foire européenne de France, nous sommes sur une place relativement puissante et représentative de l’Europe, mon souhait était de remettre cet événement au cœur de son appellation. Elle est devenue Foire Européenne en 1934, donc ce n’est pas nouveau. Je souhaite qu’elle évolue chaque année avec son contenu.

Pour cette nouvelle édition, il y a une notion de fête plus importante qu’avant, avec par exemple la «September Fescht» le 2 septembre ou les «Foireurop Live» pour découvrir de nouveaux talents…

On s’est inspiré des grosses fêtes de la bière outre-Rhin. Le top serait que, dans quelques années, les gens aient envie de rentrer de vacances pour venir à la «September Fescht». On souhaite aussi être un découvreur de talent, l’innovation a toujours animer les foires, mais l’innovation ce n’est pas que l’invention qui révolutionne le monde, c’est aussi des rencontres, des partages, de nouvelles façons de consommer. C’est la question populaire qui n’existe plus, pas seulement la question festive. On vient sur une foire pour se balader, pour faire des achats, pour écouter de la musique, pour découvrir des cultures que l’on ne connaît pas, pour la gastronomie, pour des animations, du spectacle, etc. La foire est le seul événement au monde qui réunit sur dix jours l’ensemble des émotions, alors l’objectif, c’est que les gens fassent, en une, deux ou trois journées, l’équivalent de 150 heures d’avion, avec une entrée à 5 euros pour toute la durée, cela n’existait pas.

Vous l’avez dit, la foire est en souffrance depuis des années, comment ont réagi les exposants lorsque vous leur avez présenté le projet de la 90e édition ?

En gros, cette année ils payent pour voir. Même si le nouveau Parc est attractif, même s’ils peuvent profiter d’une aide gouvernementale qui prend en charge 50 % des frais d’inscription, je crois qu’ils ont compris qu’il y avait une nouvelle dynamique. Depuis deux ans, ils n’ont pas travaillé, les foires sont leur seul moyen de distribution. Notre rôle vis-à-vis d’eux est de faire venir du flux. Ce qui nous amène sur la deuxième valeur de la foire, c’est un événement populaire qui doit le rester, mais elle est aussi essentielle pour la valorisation du territoire. C’est un outil indispensable qui représente 100 millions d’euros de retombées. On prend notre mission avec de l’ambition et beaucoup d’humilité.


L’INFO EN PLUS

Kengo Kuma, construire avec la Nature

Le nouveau Parc des expositions de Strasbourg a été conçu par l’agence d’architecture du Japonais Kengo Kuma. De renommée internationale, il a notamment réalisé le stade olympique de Tokyo pour les JO de 2020, la Cité des Arts de Besançon, le Frac de Marseille. C’est lui qui a imaginé la nouvelle station de métro Saint-Denis Pleyel qui ouvrira en 2023. Kengo Kuma puise dans l’histoire, la poésie et la culture traditionnelle japonaise son inspiration pour la réintroduire dans des espaces contemporains. Son projet pour Strasbourg, fonctionnel et bioclimatique a remporté́ en 2018 l’adhésion du jury à l’unanimité́, au terme d’une consultation qui a rassemblé́ 118 candidatures. Conçu sur la base de critères environnementaux exigeants et pensé pour s’intégrer dans son environnement immédiat, en évitant l’étalement urbain, puisque construit sur des friches, ce nouvel équipement privilégie le rapport à la nature : 2 400 m2 de structure bois pour protéger le bâtiment du soleil, geocooling et ventilation naturelle, 5 000 m2 de panneaux photovoltaïques, soit la plus grande installation du Grand Est sur un immeuble.

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