Agnès Ledig, Reine de cœur

Avec une vingtaine de livres et autant de succès en 10 ans, l’Alsacienne fait partie du cercle très fermé des gros vendeurs de romans en France, mais Agnès Ledig s’aventure sur d’autres terrains de jeu, comme le livre jeunesse. Elle nous revient avec une double actualité, Le Petit Poucet, un beau livre avec Frédéric Pillot et La toute petite reine son huitième roman, un livre sur la solitude, les solitudes même, celles qui collent complètement à l’époque. Les deux personnages principaux de ce texte se rencontrent sur le quai de la gare de Strasbourg. Capucine a oublié sa valise, un dispositif est en place. Adrien, un ancien militaire et maître-chien est là. C’est le début d’une histoire qui touche au cœur.

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Agnès Ledig ©Eric Matheron-Balaÿ

Des romans, des ouvrages pour la jeunesse, de la poésie, toutes les formes d’écriture vous intéressent et j’ai le sentiment que votre appétit ne fait que grandir !

C’est vrai, je joue et j’ai toujours aimé jouer. J’aime apprendre de nouvelles choses. J’avais même fait un stage pour écrire des chansons. Les livres jeunesse aussi, c’est une façon de m’amuser à essayer autre chose, comme les recueils de nouvelles ou les poèmes, il y en a de nombreux dans La toute petite reine. Tout cela me fait du bien.

Dans ce nouveau roman, il y a des échanges de textos, des lettres, des carnets intimes, vous avez un goût particulier pour la correspondance ?

Oui. Les échanges par écrit ou dans une situation spéciale comme dans ce dernier roman. Moi, ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe quand deux personnes se rencontrent, avec leurs failles, avec leurs fêlures, ce qu’ils vont en faire ensemble. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est la rencontre. La rencontre sous toutes ses formes.

Dans La toute petite reine, même ceux qui ne sont plus là ont laissé des traces écrites. En fait, tous les personnages sont comme vous, ils aiment écrire.

Oui. C’est un moyen de communication, c’est même la base, je pense. Ce qui est beau, c’est que ça laisse une trace et contrairement au virtuel des réseaux sociaux, le journal intime ou les échanges de lettres laissent des traces. Capucine peut retrouver la trace de son père grâce à ses carnets.

Plus le temps passe et plus je me dis que l’on vit les choses pour de bonnes raisons. À nous de saisir les opportunités.

Vous faites partie de la liste très étroite des auteurs à succès, vos ouvrages sont traduits dans plus de 20 langues, mais vous restez fidèle à votre région, le livre commence à Strasbourg, on passera également par Obernai, Ottrott et le Mont Sainte-Odile. Vous pourriez vous dire que l’Alsace est un peu petite pour vous !

Non, au contraire. Je suis attachée à cette région. J’aime y situer mes histoires, même si mon précédent roman se passait en Bretagne. J’aime faire découvrir des coins que l’on ne connaît pas.

Parmi vos thèmes de prédilection, il y a aussi l’immanquable nature.

Oui, je suis tombée dedans quand j’étais petite, je ne peux plus m’en passer, ni en vrai ni dans l’écriture.

L’un de vos personnages est activiste climatique et dit : « La planète est en train de crever, il faut bien des gens pour la défendre ». Écrire un roman comme celui-ci, c’est aussi une façon de sauver le monde ?

J’essaye de faire ma petite part de colibri. Parce que je ne peux pas faire autrement. Je pense que nous pouvons tous agir à notre échelle, donc j’essaye de me battre, d’éveiller les consciences sur la gravité des choses.

Le livre est né d’un accident de voiture, c’est ça ?

Oui. Il y a quelques années, avec mon mari on rentrait d’une soirée quand un chauffard nous a coupé la route en grillant un stop, à 100 km/h. Nous en sommes sortis indemnes, mais cela s’est joué à presque rien. Pendant une semaine, je n’ai pas dormi, car au moment de l’accident, notre fils qui venait d’avoir 18 ans gardait sa petite sœur. Je me suis demandé sans arrêt ce qu’aurait été leur vie si nous avions péri dans cet accident. Je l’ai mis dans un coin de mon ventre pendant quelques années, et j’en ai fait une histoire.

Et puis, il y a aussi un reportage que vous avez vu à la télé ?

C’était sur France 2, j’ai été très touchée par un accident d’hélicoptère. Deux membres de l’équipage ont été sauvés par les membres d’un autre hélicoptère, ce reportage m’a bouleversée, je l’ai vu une dizaine de fois pour prendre des notes, et je voulais rendre hommage à ces hommes-là. Dans le roman Pierre sauve Adrien, je suis très émue, car il se trouve que ce caporal-chef de l’opération Barkhane est mort fin septembre.

Le nouveau roman d’Agnès Ledig est déjà sur les traces du précédent vendu à presque 200 000 exemplaires. / ©DR

Dans ce roman, il est aussi question de psychanalyse. Avez-vous consulté ?

Je consulte depuis une quinzaine d’années. Et cela fait un bien fou. Cela m’a sauvé la vie. J’ai retrouvé ma joie de vivre. Je pense qu’à un moment donné, tout le monde en a plus ou moins besoin. On a tous nos failles. Quand j’étais sage-femme, je faisais aussi de l’accompagnement émotionnel, j’ai été formée pour cela. C’était très enrichissant ce contact avec mes patientes, avec leurs failles. J’aime beaucoup décortiquer ce qu’il se passe à l’intérieur. Comment on s’est construit dans sa toute petite enfance et avec ce que l’on a traversé.Vous citez aussi Einstein, « Le hasard c’est Dieu qui se promène incognito ». Cette phrase pourrait résumer votre livre ?

Oui. Plus le temps passe et plus je me dis que l’on vit les choses pour de bonnes raisons. À nous de saisir les opportunités. Dans le texte, la rencontre se fait parce que les deux personnages saisissent la chance de se rencontrer.

Vous écrivez : « La vie œuvre avec justesse ». Vous le pensez ?

Oui, surtout si on est juste soi. Une phrase de Tchekhov dit : « Soyez juste, le reste viendra de surcroît ».

Dans votre actualité il y a aussi le Petit Poucet avec le dessinateur Frédéric Pillot. Vous avez revisité le conte de Perrault en restant assez fidèle au texte que vous avez redécouvert ?

Oui, je me souvenais des petits cailloux bien sûr, mais je me suis demandé comment j’allais faire pour raconter cette histoire horrible. Donc, j’ai fait un pas de côté pour utiliser ce que j’aime faire dans les romans, c’est-à-dire parler des émotions et de la psychologie des personnages. Mais on ne voulait pas faire un Petit Poucet 2.0, on a respecté l’esprit du conte.

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