Addictions : un livre pour prévenir des risques

Dans « Loin du noir je cherche la lumière, loin du noir vers un nouvel horizon », son livre publié en septembre, Johanna Kohl raconte Mickaël, son petit frère mort en 2019. La jeune femme décrit son addiction aux drogues et son combat pour s’en sortir.

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Il aimait jouer de la guitare, il aimait chanter. «Il aimait aussi rire à la moindre connerie et se fendre la poire avec mes enfants». Dans chaque mot qu’emploie Johanna Kohl pour décrire Mickaël, résonnent l’amour et le manque. Son livre, publié en septembre en auto-édition, raconte la descente aux enfers de son petit frère et son addiction aux drogues. Il en est mort en septembre 2019, à l’âge de 29 ans.

Pris dans un cercle infernal de drogues dès ses 16 ans, Mickaël a presque tout testé. Ce n’est qu’en 2015 que sa famille découvre son addiction. « Un jour, l’hôpital de Haguenau nous appelle : mon petit frère était en réanimation depuis cinq jours déjà », se souvient Johanna Kohl. La jeune femme de trente-trois ans se souvient de la colère qui l’avait envahie à l’époque : « Ce n’était pas la première fois qu’il allait en réanimation et nous n’avions pas été prévenus ». « À ce moment-là, Mickaël avait près de dix types de drogues dans son organisme, et les poumons d’un homme de 85 ans », décrit la Steinbourgeoise.

« Parler de son histoire, c’est l’aider »

La jeune femme raconte son impuissance, celle de son frère aîné, de ses parents, mis devant le fait accompli. Et cette question : Comment accompagne-t-on une personne addict ? « Il faut commencer par la racine du problème », estime Johanna Kohl. « Ma mère m’a dit ‘fais-vivre ton frère’. Parler de son histoire, c’est l’aider. Alors j’ai choisi de prendre ma plume et de transmettre mon combat », poursuit-elle.

Dans son ouvrage, Johanna Kohl fait le récit, à la première personne du combat de Mickaël pour s’en sortir. Et du combat de ses proches, pour l’aider. Plus de 170 pages de texte et de photos pour comprendre le tourbillon de mauvaises situations et de mauvaises rencontres dans lequel un proche peut être piégé. Sans que personne ne s’en aperçoive.

« Personne n’est épargné »

Il y a eu les premières cigarettes, les premiers joints vers l’âge de 11 ans. « Il a commencé à se droguer à l’âge de 16 ans. Il a voulu faire le bonhomme. Il a fait de mauvaises rencontres, ce que j’appelle les ravages en amont », explique Johanna Kohl. « Il vivait mal son adolescence. Et nous, on ne savait pas qu’il se droguait », continue-t-elle avant de dresser ce constat : « famille pauvre, famille de classe moyenne, famille riche : personne n’est épargné ».

Protectrice et bienveillante, Johanna Kohl s’attache aussi à raconter l’autre Mickaël, celui qui était paysagiste et qui bossait en agence d’intérim. « Il était grand, mince, il avait des yeux bleus », sourit la jeune femme. « Il était le chouchou de la famille, le petit dernier », raconte-t-elle encore. Plus jeune, Mickaël était en surpoids, « on le taquinait là-dessus », lâche d’une petite voix Johanna Kohl. Puis il a commencé à faire attention à lui, à perdre du poids. Trop. « Il avait extrêmement maigri, mais on n’avait pas fait le rapport avec les drogues ». À la fin de sa vie, le jeune homme pesait 46 kilos pour 1m70.

« T’inquiète, je gère »

« On a remarqué qu’il avait replongé lorsqu’il n’arrivait plus à payer ses factures alors qu’il avait un bon salaire », se souvient la grande soeur qui décide alors de prendre les choses en main. « Je débarquais chez lui à six heures du matin ou en plein milieu d’après-midi, ou même vingt-trois heures. Il y avait des gens bizarres, je les mettais dehors à coup de pied au cul », lance Johanna Kohl, d’une voix plus forte. Et Mickaël n’avait de cesse de lui répéter : «T’inquiète, je gère ». C’était sa phrase. « On a essayé 1001 approches. J’ai écrit ce livre pour dire aux familles de ne pas faire comme nous, de ne pas lâcher tant que la personne est vivante…», s’alarme Johanna Kohl. Agent polyvalente dans un collège, cette maman souhaite que son ouvrage soit inscrit dans un programme de prévention des drogues, dès la sixième : « C’est à cet âge-là qu’on commence à se prendre pour un grand. Il faut que ce livre soit entre des mains d’adolescents ».

Actuellement, elle planche sur un second livre, Sans toi, axé sur les conséquences de l’addiction. Elle souhaite aussi monter une association pour accompagner et conseiller les familles. « Nous n’avons pas été assez documentés et assez bien orientés pour l’accompagner », regrette Johanna Kohl qui rêve de transformer ses deux ouvrages en téléfilm. Une façon de continuer à raconter son petit frère, Mickaël.