À la recherche des poissons au passage 309

Une nouvelle saison s’ouvre pour la Passe à Poissons de Gambsheim, un espace pédagogique qui permet aux poissons (grands migrateurs ou locaux) de franchir le barrage de Gambsheim/Rheinau.

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A Gambsheim en 1974, la construction et la mise en service de la centrale hydroélectrique au kilomètre 309 du Rhin a posé des problèmes à de nombreux poissons. 

En effet, ceux-ci se retrouvaient empêchés de remonter le courant, et ainsi de migrer et de se reproduire. C’est pourquoi en 2006, une passe à poissons a vu le jour, pour qu’ils migrent à nouveau. Celle-ci a été aménagée pour le public, invité à venir regarder le passage des poissons dans une salle d’observation, notamment au printemps et à l’automne. Un espace ludique a été créé afin de donner de nombreuses informations aux visiteurs. 

Une diminution inquiétante

Suite aux travaux engagés en 2018, la passe à poissons a connu une petite de baisse du nombre de visiteurs : ils étaient 6500 l’année dernière. Mais ce n’est pas ce nombre qui inquiète les spécialistes. L’association Saumon Rhin a compté beaucoup moins de poissons, notamment de saumons et de truites de mer, que les années précédentes.
« C’est anormal », explique Charline Morandi. 

« Ceci s’explique notamment par les conditions environnementales: un manque de débit, qui les appelle normalement à remonter, et une température supérieure à
la moyenne avec parfois plus de 25°C. »

Plus de prédateurs

À l’inverse, les anguilles sont, elles, de plus en plus nombreuses. 70 678 en 2018, contre 10 000 par an en moyenne. « On a du mal à comprendre ce qu’il se passe », poursuit Charline. « Cela pourrait être dû à la température trop élevée qui les pousse à remonter, ou encore à un gros recrutement en mer. On fait face aussi à une augmentation de poissons prédateurs. Plus l’eau sera chaude, plus il y en aura ». Le phénomène est-il exceptionnel, ou va-t-il se pérenniser ? Pour l’instant, difficile de répondre à cette question. 

Un programme de visites annuel

C’est aussi cela, la mission de la passe à poissons : informer les générations actuelles et futures. Elle dispose d’ailleurs d’une exposition permanente et d’un programme de découvertes sur toute l’année. Ce mercredi 17 avril, une visite est d’ailleurs proposée à 14h30 afin de découvrir exceptionnellement une partie extérieure de l’ouvrage et d’accéder à l’ensemble des installations en compagnie d’un guide de l’association Saumon-Rhin. 

Un photographe passionné

La passe à poissons propose également des expositions temporaires. Jusqu’au 29 avril, une double exposition photographique présente La Vie autour du Rhin et Les Carpes dans la Peau. Benoît Delâtre est photographe amateur et passionné de nature : « Dès que j’ai un peu de temps libre, je parcours inlassablement la région et la nature avec mon appareil photo pour photographier oiseaux, papillons, fleurs ». Suite au bilan des associations Passage 309 et Saumon Rhin, « j’essaye de rester positif, mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de pression sur la nature, notamment celle exercée par l’homme avec la destruction de nombreux sites. On voit que les villages s’étendent, les zones humides deviennent des lotissements, on cure des fossés, des mares, on plante des haies et des essences non locales, on sacrifie beaucoup de milieux et la nature est réduite à peau de chagrin. Il faut être vigilant et mon rôle est aussi d’alerter la population sur tous les dangers, les menaces qui pèsent sur les espèces et milieux »

Exposer dans un lieu comme celui-ci, qui accueille de nombreux enfants « est très symbolique. Il est idéalement situé, très visité et les scolaires pourront profiter des belles images de la nature. J’espère qu’à l’avenir ils pourront aussi les découvrir de leurs propres yeux ».   

Benoît Delâtre sera sur place dimanche 28 avril de 14 à 17h pour échanger avec le public.